« Le journal est la courroie de transmission de l’information »
Claude Chaut a présidé la FDSEA dans les années 1980. Un poste qu’il a occupé à une période délicate, après les divergences d’opinion syndicale de la décennie précédente qui ont eu un impact direct sur le journal Paysans de la Loire. À l’occasion des 80 ans de votre hebdomadaire, l’ancien élu plonge dans sa mémoire.

Aujourd’hui retraité, Claude Chaut reste un syndicaliste dans l’âme et quand il se plonge dans ses souvenirs des années 1970/1980, il les revit. « C’était totalement épique quand les Paysans travailleurs (aujourd’hui la Confédération paysanne, NDLR) avaient accès au journal ! Ils donnaient leurs informations qui n’étaient parfois pas très justes ! Je me rappelle qu’ils voulaient publier un article qui aurait dénoncé une soirée “olé olé“ de la FDSEA alors qu’il s’agissait d’un tract pour inviter les gens à un spectacle ! s’emballe l’ancien agriculteur de Chazelles-sur-Lavieu, qui a pris la présidence du syndicat majoritaire en 1983. Heureusement que Jean Damon a bien su tenir les rênes du journal à cette époque et que nous avons censuré cet article qui était faux ! »
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Dans les années 1980, lorsqu’il doit écrire un édito, Claude Chaut attend d’abord de connaître le contenu des pages du journal. « Mon tout premier n’a pas été facile à rédiger et quoiqu’il arrive, je les faisais toujours relire à mon épouse, Monique, pour que ce soit clair. Si elle, qui me connaît si bien, ne me comprenait pas, personne ne l’aurait pu », raconte-t-il en plaisantant. Avoir rédigé ces tribunes fait qu’aujourd’hui encore, c’est le premier texte qu’il lit en ouvrant le journal. Un point de vue partagé par Bernard Denis, ancien gérant de Paysans de la Loire (son témoignage est à retrouver en ligne ou dans l’édition du 21 février, NDLR).
L’ancien président de la FDSEA de la Loire reprend : « A cette époque, pour être sûr de ne rien laisser passer, le gérant et le directeur du journal relisaient tous les articles syndicaux. » Cette divergence d’opinions, l’hebdomadaire agricole l’a vécue en parallèle de l’histoire du syndicalisme (Paysans de la Loire y a consacré douze articles en 2024, ndlr). « Avant les années 1970, c’était facile, il n’y avait qu’un seul syndicat, relate Claude Chaut. On faisait presque du social : on passait des commandes groupées pour du charbon, on achetait du petit matériel comme des sulfateuses et le journal racontait cette vie-là. Après, les autres syndicats sont arrivés. La Loire a fait partie des premiers départements à être confrontés à une Confédération paysanne virulente, mais qui n’avait pas de moyens d’expression puisqu’elle n’avait pas de journal local. »
Le syndicalisme, dans les gênes du journal
Pour le retraité, l’hebdomadaire a toujours été et est toujours une émanation syndicale. « C’est dans ses gênes, assure-t-il. C’est le journal d’opinion de la FDSEA et de Jeunes agriculteurs, mais aussi des organisations professionnelles comme la Chambre d’agriculture, Groupama, la MSA, le Crédit agricole... qui sont actionnaires. Même si les moyens de communication ont évolué, il reste la courroie de transmission de l’information. Il y a toujours eu des liens très forts entre le titre et le syndicat ; on s’en souvient avec Erick Roisard, qui dirigeait les deux structures. »
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Avec le temps, le syndicaliste a malgré tout vu le contenu des pages évoluer : « J’ai l’impression qu’à une époque, il y avait plus d’articles techniques et que la Chambre d’agriculture écrivait beaucoup plus. On lisait aussi pas mal de choses sur les Cuma parce qu’elles se développaient. » Aujourd’hui, l’ancien président reconnaît un journal « plus lisible », qui a su évoluer en même temps que l’ensemble de la presse écrite. Alors que le secteur est en pleine mutation, Claude Chaut encourage les jeunes générations à lire l’hebdomadaire. « Ils ont tout intérêt à le faire. Paysans de la Loire doit poursuivre sa mission d’informer les agriculteurs, et le monde rural. »
À une époque de bouleversements rapides, où les modes de communication se diversifient, l’ancien président de la FDSEA rappelle avec force qu’au cœur des changements, le journal reste un pilier indispensable pour préserver le lien entre les agriculteurs et l’information. Si l’histoire du syndicalisme a façonné sa voix, ce sont les générations à venir qui en façonneront les prochaines pages.
Paysans de Forez ou Paysans de la Loire ?
Il s’en est fallu de peu pour que Paysans de la Loire s’appelle Paysans de Forez. L’explication du choix du nom du journal se trouve dans le deuxième numéro édité le 1er juillet 1945. Le nom pressenti était à l’origine Paysans de Forez, « parce que le pays des paysans est le Forez », alors que « la Loire n’est qu’un terme administratif », peut-on lire.
Des recherches historiques avaient mis en évidence que jusqu’au XIIe siècle, le Forez correspondait uniquement aux alentours de Feurs. Puis, aux XIIe et XIIIe siècles, les pays autour du Forez ont été annexés à ce dernier, à commencer par les monts du Lyonnais puis les monts du Forez et enfin une partie du Roannais, et même au-delà des frontières actuelles de la Loire à l’Est et à l’Ouest. Au XIIIe et jusqu’en 1790, le Forez couvrait donc une large partie du territoire de la Loire que l’on connaît actuellement, certains faisant néanmoins partie d’autres pays, comme par exemple Rive-de-Gier qui appartenait au Lyonnais, Saint-Cyr-de-Valorges ou Vougy au Beaujolais.
Le département administratif de la Loire a été créé en 1790 regroupant les « districts fiscaux » de Roanne, Montbrison et Saint-Étienne créés au XVe siècle. Ils étaient plus étendus que le territoire du Forez.
Devant les Roannais qui ne se sentaient pas Foréziens, alors même que l’histoire montrait qu’une partie du Roannais est bien du Forez, les responsables de la fédération ont pris la décision d’appeler le journal du nom administratif et non pas du nom historique. D’où le nom de Paysans de la Loire… Ainsi se terminait l’article explicatif sur le choix du nom : « Va donc pour la Loire administrative qui, en vieillissant, devient un pays à son tour. »
Un logo qui évolue peu
Du nom du journal découle bien évidemment un logo. Le premier pour Paysans de la Loire est noir, dans une police avec des lettres liées. Dès le deuxième numéro du journal, le logo est orné de dessins. En juin 1948, il se pare de rouge et utilise une calligraphie de style gothique. Cette police, même si elle a été affinée au fil des années, est conservée jusqu’en 2005.
Un tournant est effectivement pris cette année-là à l’occasion des 60 ans du journal. Terminé le style gothique, place à un logo plus moderne, avec des lettres rondes et surtout de la couleur. L’unique rouge est remplacé par trois couleurs : vert, jaune et rouge.